02 mai 2009
L'ANNEAU DE MELISANDE
Réveillé comme tous les matins par le chant des piafs, quillés sur la gouttière, et qui n'ont de cesse de déverser leur fiente sur la carrosserie de ma voiture, je m'empresse d'accéder à mon toit du monde pour lire l'actualité donnée par nos chers petits journalistes musicaux qui me déversent tout leur flot de fiel.
Depuis hier, je m'amuse et m'insurge : belle série d'éditos chez les uns, de lettres-réponse chez d'autres, de prises de position tout aussi légitimes que variées, face à la réaction d'un chroniqueur bien connu de l'un de nos mensuels spécialisés, je le cite : (il n'en reste plus beaucoup, alors pourquoi vous laisserais-je le chercher) Diapason.
Cela tourne à l'imbroglio. Chacun a raison, mais tout le monde à tort. Tort de se lancer dans pareilles querelles.
Les débats, certes ne remontent pas à hier. Témoin ces deux extraits de presse que peu aujourd'hui doivent avoir en mémoire, car ils émanent d'un ancien hebdomadaire qui, hélas, eut une vie de la durée d'une rose, mais qui avait l'avantage de se consacrer d'une façon très précise exclusivement aux programmes de France Musique, assortis, pour s'étoffer, de quelques chroniques.
Comme vous le voyez, ce n'est pas d'aujourd'hui que je fais partie des " consommateurs de presse musicale ", puisque c'était dans les années 1968/69 sauf erreur. A cette époque donc était paru dans ce journal un article signé Michel Glotz, en fait extrait de son bouquin " Révéler les Dieux "dans lequel il avait inclus une " lettre ouverte aux critiques musicaux ".
Le dit article avait évidemment déclenché des réactions indignées, et le journal n'avait publié que celle de l'un de ses collaborateurs.
Ce fut cette publication qui me poussa à acquérir l'ouvrage de Glotz, dont la lecture m'incita à consommer davantage de presse musicale. Or à l'époque pas encore d'internet, seulement la presse spécialisée, et, c'est vrai davantage d'articles, de critiques de concerts, dans presque tous les quotidiens, autant nationaux que régionaux…
Qu'en est-il aujourd'hui ? La presse quotidienne a sérieusement baissé de régime surtout depuis l'arrivée d'Internet. Quant à la presse spécialisée, elle a fondu, en moins de dix ans, comme peau de chagrin : souvenons nous avec respect sinon émotion, des Répertoire, Opera Mag, Opéra International, et tout dernièrement du Monde de la Musique, que j'ai déjà déploré ici même, voyant dans cette disparition comme la chute de l'anneau de Mélisande au fond du puits…
Face à cette évolution, certains se demandent maintenant si des structures plus légères en terme d'investissement et de charges financières comme celles que sont les sites Web spécialisés, d'accès gratuit, ne sont pas devenues de sérieuses concurrentes des mensuels qui restent encore en place, et pensent que leur lecteur ne va pas renier à ses abonnements. Et se posent, fort honnêtement d'ailleurs, la question de savoir s'il faut s'en réjouir.
D'autant que certains des chroniqueurs du Web sont aussi rédacteurs dans ces revues ou ces journaux !
Pour ma part, j'avoue ici bien franchement que j'eus préféré la disparition de Classica à celle du Monde de la musique. Et que face à la brièveté de certains de ses articles, je me pose sérieusement la question de savoir si je vais, le moment venu, renouveler mon abonnement. Même si quelques illustres signatures y poursuivent leur tâche, j'ai encore le temps, mon abonnement actuel ne venant à échéance qu'en avril 2010 !.
Je ne vois pourtant dans ces divers supports, que je qualifie respectivement de " presse écrite " et de " presse internet " aucun problème de concurrence. Pour avoir vécu les quasi débuts de la presse internet, (et participé activement à Res Musica jusqu'à une certaine époque), j'ai pu aussi constater l'évolution de l'opinion de la presse papier sur la génération montante. Observés avec un certain mépris par les critiques officiels des grands journaux, les sites internet reconnus ont même parfois sympathisé avec certains de leurs aînés. Quand je vois que certains sites se voient désormais fournir des " places de presse " par l'ONP, je me dis que si concurrence il y a, c'est tant mieux ! Car je préfère lire une critique d'Opéra qui, avec photos à l'appui (pas plus de trois, en général), se parcourt sur trois ou quatre " pages-écran ", qu'une simple demi-page sur Classica ou Diapason : on en sait tout de même un peu plus !
Il y a encore moins de raisons de se réjouir de la disparition des uns, que leurs conditions de travail sont radicalement différentes. Une feuille de papier n'est jamais qu'un espace limité, et comme me l'avouait assez récemment Renaud Machart, critique du Monde, c'est assez acrobatique de devoir faire une critique limitée à 4000 caractères. Problème de presse écrite, parmi tant d'autres qui lui sont propres!
Réciproquement, on ne saurait oublier celles de la presse internet, qui se plaint fréquemment d'être limitée en volume par ses hébergeurs !
Pour finir, le problème n'est-il pas aussi que la presse spécialisée, notamment Diapason, et, surtout le Monde de la Musique ont beaucoup trop tardé à aborder le Web de façon compétente ?
Même si aujourd'hui Classica " se repose " sur le site de Qobuz, l'idéal, à mes yeux, n'est pas encore atteint : un site qui reprendrait entièrement, mois par mois, l'édition papier.
Finalement, toutes ces querelles de personnes sont aussi vides qu'inutiles. Le seul bon sens qui reste serait de faire place au progrès.
23 avril 2009
CRITIQUE DES CRITIQUES, OU PLUS EXACTEMENT, DES SITES (2)
Je serai franc et sans esprit polémique, mais à force de fréquenter, quasi quotidiennement chacun des sites de chroniques musicales que vous pouvez apercevoir dans la liste de mes liens favoris, mieux vaut que j'annonce au lecteur peu informé, les inconvénients et faiblesse de chacun d'eux.
Je vais donc les classer par ordre de préférence, en distinguant pour chacun d'entre eux, plusieurs critères.
En première position, FORUM OPERA avec 23 points,
Qualité des chroniques : ******
Qualité de présentation : *****
Datation des chroniques : *****
Facilité de navigation dans le site : ***
Illustrations photographiques : ****
En seconde position : CLASSIQUEINFO.com avec 21 points,
Qualité des chroniques : ******
Qualité de présentation : *****
Datation des chroniques : *****
Facilité de navigation dans le site : *
Illustrations photographiques : ****
Ils ont tous deux l'avantage de bien distinguer la date du concert chroniqué de celle de la publication/mise en page. On peut en effet douter, comme on le verra plus loin que les chroniques d'un concert aient pu être rédigées et publiées dans la soirée qui l'a suivi !
Troisième position pour RESMUSICA avec 20 points,
Qualité des chroniques : **
Qualité de présentation : *****
Datation des chroniques : *****
Facilité de navigation dans le site : ****
Illustrations photographiques : ****
Ici, net avantage à la présentation dans la mesure où pour chaque chronique de concert, le site donne d'abord accès à ce que j'appelle " l'affiche " de la soirée chroniquée. Mais, petit inconvénient, vraisemblablement pour paraître plus " animé ", dans chacune de ses rubriques, le site change constamment sa " Une ", bien que ce ne soit pas chronologiquement la dernière information chroniquée. Par ailleurs, ils sont les seuls à permettre la visualisation du cursus de leurs chroniqueurs.
En quatrième position vient ALTAMUSICA avec 18 points,
Qualité des chroniques : *****
Qualité de présentation : **
Datation des chroniques : *****
Facilité de navigation dans le site : **
Illustrations photographiques : ****
Viennent ensuite mais hélas à un tout autre niveau… A partir de là, on dégringole !
En cinquième position, avec 13 points, (on voit que l'écart est significatif), CONCERTONET :
Qualité des chroniques : ****
Qualité de présentation : **
Datation des chroniques : *
Facilité de navigation dans le site : ****
Illustrations photographiques : **
Un seul point pour la datation des chroniques : qui se fait à l'américaine, mais qui reprend l'européenne dès qu'il y a répétition de dates : le comble de la logique !
Un mauvais point : ils semblent avoir perdu pas mal de chroniqueurs-correspondants sur la province et l'étranger. Pas mal de chroniques vraiment trop brèves.
Sixième position de mes préférés, avec 10 points, CONCERTCLASSIC :
Qualité des chroniques : **
Qualité de présentation : ***
Datation des chroniques : 0
Facilité de navigation dans le site : ****
Illustrations photographiques : *
Datation : la pire de toutes ! : les chroniques d'annonce d'un concert sont à la date du concert et non à celle de la chronique. Chroniques souvent paresseuses, qui laissent le lecteur sur sa faim.
Avant dernier de mon classement, avec 9 points, CLASSIQUENEWS :
Qualité des chroniques : ***
Qualité de présentation : **
Datation des chroniques : *
Facilité de navigation dans le site : **
Illustrations photographiques : *
Une frappe des textes parfaitement catastrophique à la recopie, qui plus est de la plus haute fantaisie suivant les rédacteurs.
Enfin, bon dernier du classement, avec 8 points, QOBUZINFO :
Qualité des chroniques : *
Qualité de présentation : ***
Datation des chroniques : *
Facilité de navigation dans le site : **
Illustrations photographiques : *
Chroniques rarement riches, du vrai style " cancanier " mais qui tient bien au courant des prestations à venir, d'où son intérêt. " Marié " au mensuel Classica, un seul chroniqueur, avec le tort d'en reproduire certains articles, (certes pas sous sa signature) mais peu souvent les plus significatifs. Doit-on renouveler son abonnement à la dite revue ?
Voilà. Estimation rapide, succincte, dans laquelle j'ai volontairement supprimé un critère de taille :
facilité de recopie des chroniques sous Word. Déplorable partout ! Tous demandent une plus que bonne maîtrise de Word, avec la nécessité de s'habituer à la modification de chacun, en fonction de leurs critères de mise en page et de dactylographie.
Ma conclusion : d'énormes progrès restent à faire pour chacun d'eux, aucun ne s'étant à l'évidence soucié de la possibilité pour leurs lecteurs intéressés, de pouvoir aisément recopier un article. Word étant l'outil de traitement de texte le plus répandu, on peut se demander ce qu'il en serait avec Acrobat PDF Writer…
15 mars 2009
CRITIQUE DES CRITIQUES, OU PLUS EXACTEMENT, DES SITES (1)
J'entame ici un sujet qui me tient à cœur depuis pas mal de temps : " Fréquentant " depuis plus de sept ans maintenant la plupart des sites de chroniques musicales vouées au classique, je pense être en mesure d'en faire, à mon tour, une critique. Je la ferai sous un double aspect : Technique, d'abord, c'est à dire qualité de présentation et de mode de rédaction. Dans un second temps, qualitatif ensuite, j'entends : compétence des chroniques, qui sera développée ultérieurement. Je l'ai déjà dit dans ces pages, je " collectionne " les diverses chroniques de mon intérêt, que je centralise dans une vaste base de données. C'est dire que quotidiennement, je me rends sur les sites que j'ai petit à petit sélectionnés, pour y recueillir leurs chroniques, par un simple " Copier/Coller ".
C'est bien là que le problème n'est pas aussi simple qu'il y paraît, d'où la raison de ce chapitre.
Je sais : la plupart de ces sites ont été élaborés par ceux qui les ont voulus. Il n'empêche que leur forme, d'une diversité très grande, est rarement d'une parfaite logique. A se demander s'ils n'ont pas été créées sous le coup d'une inspiration subite, soit ! mais peu réfléchis sur la question de la forme au moment de leur mise en œuvre finale. Certes chacun doit veiller à une originalité particulière, mais quand même !
Mais avant : quand le lecteur que je suis, comme n'importe quel quidam, lit un titre qui retient son attention, il aime bien trouver en tête de chronique ce dont il s'agit : une introduction, en quelque sorte.
Or, rares sont les sites qui procèdent dans un esprit logique : seuls, pratiquement, ResMusica et Concertonet ont su respecter ce principe fondamental. Bravo à eux !
Car on " n'attire pas les mouches " seulement avec un titre ronflant, (autre sujet sur lequel il faudrait revenir, qui n'est pas propre aux sites internet, mais bien partagé par tous les medias) mais bien plutôt avec une entrée en matière qui indique clairement ce dont il va être question infra.
Désagréable pour le lecteur de ne découvrir ce dont il s'agit qu'en fin d'article. (ClassicInfo, AltaMusica). Pourquoi ne pas mettre ces rubriques, ce que j'appelle, dans mon jargon, " l'affiche ", en tête de leur chronique ? Ce serait tellement plus simple pour le lecteur ! J'ai toujours appris à faire une entrée en matière dans mes topos ; en l'occurrence, l'affiche est suffisante, encore faudrait-il la faire figurer en bonne place, et pas à la fin, façon de dire : " Ah vous m'avez lu ? Ah, oui…je vous parlais de… " ! Merci de nous l'avoir quand même tardivement/finalement précisé !
Introduction, développement, conclusion sont des principes de base autant oubliés aujourd'hui que thèse-antithèse-synthèse.
Ceci, pour l'aspect général du site, ou des chroniques.
Plus grave, maintenant :
Je sais aussi que la plupart des rédacteurs sont des bénévoles. Sans doute assez cultivés musicalement pour pouvoir en parler, mais, assurément, incultes du clavier et du traitement de texte. Car, là, c'est une pure catastrophe. Je ne parle pas des questions d'orthographe ou de syntaxe, mais seulement de la pratique de la saisie d'un texte, qu'elle soit sous Word, Adobe ou tout autre logiciel.
Quand je vois (ALTAMUSICA) qu'une chronique est tapée sous forme de tableau (!), alors qu'avec Word l'écriture se fait naturellement " au kilomètre ", je me dis que certains doivent être plutôt du genre maso… Qu'on le veuille ou non, on a affaire à un véritable fouillis, même pas corrigé par les webmasters ou autres au moment de la mise en page. De sorte que là, la recopie des chroniques devient un véritable calvaire, casse-tête au début, jusqu'à comprendre comment un texte a été mis en forme, de la façon la plus bizarre, variable avec chaque site.
Conclusion : j'ai vraiment envie de dire à chaque chroniqueur : tapez votre chronique, mais confiez la ensuite à un rédacteur qui la mettra en forme.
Encore, crois-je savoir, que c'est ce qui se pratique sur un site plus haut nommé, mais là, la rédactrice éprouve de sérieuses difficultés, non seulement de " mise en page ", mais d'orthographe.
Rédacteur, chroniqueur, c'est bien, mais il y a des stages à faire !
J'observe (hélas !) au passage qu'il n'en va guère mieux dans la presse professionnelle.
A commencer par les majuscules frappées avec un accent ! D'une part c'est contradictoire avec les règles de la dactylographie, et de l'autre, faut-il encore être assez maso pour se compliquer l'existence avec l'utilisation des touches Alt suivies d'un nombre -encore faut-il se souvenir du nombre !-. Oui, on connaît ! Sans doute faut croire que les chroniqueurs en question supposent que le lecteur ne comprendra pas le sens de leur texte s'il manque des majuscules à leur verbiage ! Autre hypothèse : peut-être ont ils envie que le lecteur leur demande comment donc ils font pour mettre un accent grave sur le A majuscule... : la question me fut posée il y a quelques années sur l'un de ces sites où j'intervenais fréquemment (pour un C majuscule avec la cédille !!! : Alt0199 pour les ignares).
C'est la mode !
Internet, c'est bien, mais ce n'est pas plus destiné aux analphabètes qu'à ceux qui ne savent pas taper un texte et le mettre en forme correctement, car ils ignorent jusqu'aux règles les plus élémentaires de la dactylographie.
Je reviendrai ultérieurement sur le sujet, pour évaluer chacun des sites que j'ai pour habitude de consulter.
08 mars 2009
Réaction à un critique
Cher Monsieur ...
Je pense que dans l'attente de ce concert, vous aviez dû placer la barre très haut. Trop haut.
Vous vous attendiez , (peut-être) à une direction Furtwängler ou Böhm. Hélas elles ne sont plus de ce temps.
Si vous me permettez, j'ai le souvenir d'un concert auquel j'avais attaché le plus grand prix, allant jusqu'à décliner un mariage proche, pour pouvoir assister à un récital Liszt par Aldo Ciccolini, dans le cadre d'un Festival ariégeois (Saint-Lizier, en je ne sais plus quelle année), mais j'en ai gardé un souvenir " cuisant " !
J'avais auparavant, qui plus est longuement écouté ses enregistrements avec la plus grande attention, avant de m'y rendre, avec des amis, fortement mélomanes, que j'y avais entraînés sans difficulté.
Savez vous ? Ils en sont tous ressortis enchantés,… sauf moi !
Certes, je fus un peu dérangé, comme l'interprète sans doute, par divers bruits de salle, qui ont gâché beaucoup de mon plaisir malgré une écoute attentive, mais qui ont dû aussi gâcher la " tranquillité " de l'interprète…
Outre toutes sortes d'explications, plus ou moins fondées, j'en suis ressorti penaud, me posant alors trente six questions sur les raisons de ma déception.
Avec des années de retard, elles se résument à ce que je viens de vous dire en tête de ces lignes.
Par contre, je " digère mal " que dans une même chronique vous rapprochiez le Vienne du Philharmonique de Bruxelles, que j'estime ne pas être du même rang. Sans vouloir vous peiner.
Bien cordialement,
Christian Viguié
02 février 2009
CRITIQUES ET CHRONIQUES : LES MEILLEURES SONT LES PLUS RARES !
Ce titre là a bien un double sens.
Le premier : il me paraît évident qu'entre toutes les chroniques de concert qui sont ici ou là publiées, celles qui consacrent véritablement un artiste, une formation et/ou son chef, sont rarissimes.
Mais ce n'est pas aujourd'hui le but de cette chronique.
Le second, donc : Les meilleurs critiques que j'ai notées dans ma base de données sont effectivement les plus rares : c'est un simple constat arithmétique. Je viens en effet de les recenser, parmi les sites que je fréquente fidèlement depuis maintenant sept années.
A l'heure où je rédige, j'en compte très exactement 6437 provenant de 136 sources d'informations, toutes recensées dans ma base.
Je n'en ferai pas le détail, dont la lecture serait trop fastidieuse. Encore dois-je préciser que l'abondance de ces sources est éminemment variable, sans compter les "Divers" qui proviennent d'origines pas nécessairement consacrées à la musique, mais qui peuvent parfois en parler de façon intéressante.
Commençons donc le constat par le bas de l'échelle, cela nous permettra de remonter à la surface en même temps que de niveau !
Degré zéro : celles qui sont vides de sens, et j'ai du mal à concevoir qu'elles aient été publiées. J'en vois mal l'utilité. Alors me dira-t'on pourquoi les avoir saisies ? Simplement parce qu'il peut arriver qu'il n'y en ait qu'une sur le concert donné, et que je préfère en avoir une trace que l'ignorer.
Au degré supérieur, (il y en a beaucoup, la majorité), que je trouve vraiment trop brèves. J'écarterai définitivement le problème de la presse écrite : récemment le critique musical d'un titre national me confiait qu'on lui donnait 4000 signes pour un article (d'un sujet qui pourrait être digne d'un forum à lui tout seul) à rédiger ! Quant on connaît les règles de la typographie, cela ne permet pas vraiment une critique en bonne et due forme. Comme il me le confiait, cela relève de l'acrobatie. Par contre, sur le Net, ce n'est pas la place qui manque, et il est assez navrant d'y voir des chroniques d'une demi page ! Comment peuvent elles réellement donner une image du concert ? Autant valait ne pas en parler !
Sans parler des chroniques publiées par la presse musicale (mensuelle) spécialisée : Là, il s'agit soit de remplissage de papier, soit d'une volonté d'affirmer au lectorat que leurs chroniqueurs ont bien assisté aux concerts les plus significatifs du mois (photo rarement significative à l'appui !), mais dans la plupart des cas, là encore, péniblement trois-quarts de page. Insuffisant , peu convaincant.
Progressons ! Seuls quelques sites restent sérieux. : qui savent d'abord présenter l'affiche du concert ; lieu, date, programme, interprètes. Ceux-là généralement donnent davantage matière à lire. Mais là, problème : l'apparition d'Internet a suscité la création d'une multitude de sites, qui ne peuvent pas toujours appel à des critiques patentés, mais, souvent, à des bénévoles, des amateurs avertis certes, auxquels je ferai le reproche d'être subitement atteints d'une véritable logorrhée chronique qui les conduit hélas à des textes souvent insipides, tout simplement parce qu'ils écrivent sur Internet ! Là, on n'est pas très éloigné du vertige que donne à beaucoup, le fait de participer à un Forum…
Sans parler des sites (ils sont nombreux) sur lesquels la date de la chronique est tout simplement celle du concert ! A se demander si le chroniqueur a rédigé son texte avant, pendant, ou après le concert avant de tomber dans les bras de Morphée… Cruel manque de souci du détail à l'égard du lecteur !
Terminons !Restent enfin, à un degré supérieur quelques sites ayant des chroniqueurs de talent, qui en deux ou trois pages sont à même de donner au lecteur une appréciable estime du concert.
Mon propos n'est pas d'en faire ici la publicité, chacun saura les trouver facilement sur le web. Pour autant, ils ne sont pas nécessairement à l'abri de mes reproches : certaines chroniques sont très certainement intéressantes et sans doute justifiées, mais il faudrait que leur lecteur sache lire autant la musique que ces textes, et , surtout, qu'il en possède les partitions ! Nulle question de mettre en doute ici leur bien-fondé, mais il faudrait pouvoir doubler la chronique d'un enregistrement " pour preuve " !
Certes c'est argumenté, mais, chez certains critiques, le commentaire en reste trop au stade la pure technique, et le lecteur reste à jeun de toute sensation de plaisir/déplaisir qu'il aurait pu y prendre.
Finalement ?
Je regrette l'époque de certains grands chroniqueurs dont j'ai déjà parlé ici même, mais qui avaient l'art de communiquer au lecteur leur ressenti, en des termes simples, touchant parfois à la " poésie de l'émotion ". Il est loin, ce temps là, et malgré toute la formation musicologique que certains ont sans doute dû recevoir, je reste encore loin du compte.
01 février 2009
Cher Monsieur Machart
" Depuis quelques années, les enregistrements de la musique de Bach au piano pleuvent." écrivez vous dans votre dernière chronique du Monde, que je lis toujours attentivement.
Certes la musique de Bach était écrite pour le clavecin, faute de piano, à son époque. Mais le piano eut-il existé, il faudrait aussi se demander si Bach, si moderne et novateur dans l'esprit à son époque, ne l'aurait pas écrite pour cet instrument !
Vous affirmez, et c'est vrai, que " Dans les années 1970, il était rare de voir un jeune pianiste oser jouer en public ou enregistrer Bach ", mais déjà à cette époque, un Dinu Lipatti n'hésitait pas à le jouer en concert ! Et, dans les années qui ont suivi, au disque, n'a-t'on pas eu d'autres nombreuses versions au piano de sa musique, par des Jean-Bernard Pommier (Toccatas, Inventions), Alexis Weissenberg (Partitas) et tant d'autres dont la liste ici serait trop longue ?
Personnellement, la question que je me pose, et vous pose, n'ayant pas la réponse, est de savoir si la découverte de l'œuvre de Bach n'est pas, pour la masse du public découvreur mais pas nécessairement connaisseur, plus facile avec le piano qu'avec le clavecin ?
Et n'est-ce pas le clavecin qui, indirectement, en faisait une affaire de spécialistes comme vous l'écrivez ? Sans doute l'austérité de la musique de Bach – si tant est qu'elle soit austère ! – est elle plus prononcée au clavecin qu'au piano, instrument tellement plus contemporain, auquel toutes les oreilles sont tellement plus familiarisées
Pour ma part, en tant que pianiste amateur depuis mon enfance, je vous avouerai que j'ai eu beaucoup plus de facilité à découvrir sa musique jouée au piano, qu'au clavecin, ce dernier - mais c'est là une position toute personnelle - me fatiguant pour ne pas dire me " crispant " auditivement quand j'en écoute plus d'un quart d'heure !
Vous citez les dernières versions parues au disque (Grimaud, je pense, simple oubli !) mais rappelez utilement le mélomane aux enregistrements de Gulda, merci ! J'ai toujours adoré l'excentricité d'un Gould, qui m'a largement permis d'aimer cette musique puis d'en venir à Gulda : sans condition ! Ce sont pour moi les deux interprètes de Bach au Piano avec un p majuscule.
J'ajoute pour finir, que Rémy Martin, dans sa Folle Journée que j'écoute avec plaisir, n'a pas hésité à recourir au Piano : il doit bien y avoir une raison à celà !
Cordialement,
Christian VIGUIE
27 janvier 2009
SOUVENIRS : DE GAVOTY A LONGCHAMP
C'est en lisant récemment l'une des chroniques sur concertclassic à propos de la dernière version de l' " Armide " de Gluck aux Champs Elysées, et en regardant les diverses réactions, que j'ai trouvée celle de Jacques Lonchampt célèbre critique musical de Monde, que j'avais bien des années avant, souvent lu - et vu - aux Jeunesses Musicales de France à l'époque où il y était conférencier.
Lire sa réaction fut pour moi un vrai plaisir, d'autant que je connaissais de longue date sa position sur les mises en scène d'opéras, et retrouver ainsi par le plus grand des hasards une " contre-critique " de sa plume, que je n'avais plus lue depuis son départ du Monde fut une vive émotion, à laquelle je ne pouvais rester étranger.
Je ne sais plus comment mais j'ai pris l'audace de lui répondre, et quel ne fut pas mon plaisir de retrouver dans ma boite à lettres, la vraie, peu de temps après, un courrier de sa provenance !
Je dois dire que prévenu par sa nièce qu'il ne possédait pas d'accès à Internet, j'avais pu lui adresser mon courrier par voie postale classique.
Je possède depuis longtemps dans ma bibliothèque plusieurs de ses ouvrages, précieusement gardés, édités par les Editions du Journal Musical Français : davantage des analyses musicales que des critiques de concert, qui datent de l'époque où il était conférencier aux JMF, bien avant que intronisé par Hubert Beuve-Méry et René Nicoly, " il n'accède au Monde par la voix royale de Bayreuth, Munich et Salzbourg " comme il l'a écrit dans la préface de son " Journal de Musique ".
Par retour de courrier, il a eu la grande amabilité de me dédicacer cet ouvrage que je n'avais pas !
Et c'est un véritable plaisir que de lire ses souvenirs, tout en constatant l'énorme différence d'esprit et de style par rapport à ce que l'on peut lire aujourd'hui…
Lonchampt, comme Gavoty, que je rencontrais souvent dans les couloirs des Jeunesses Musicales lorsqu'elles avaient leurs bureaux dans un étage de la Salle Gaveau, ont largement contribué autant l'un que l'autre, au travers d'interminables discussions, à mon éducation musicale. Gavoty, de surcroît, ingénieur Agro de formation était camarade de promotion du père de mon meilleur ami, lui-même camarade d'études jusqu'à notre école parisienne ! C'est dire que son approche m'en avait été quelque peu facilitée. Il n'était pas rare de surcroît que nous nous retrouvions tous à l'époque, aux sorties de concerts de mémoire du grand Festival de Prades des années 60-70…
Mais les termes ont perdu de leur sens :
Car à suivre l'actualité de la critique musicale comme je le fais depuis ma jeunesse, - ayant été au contact de ces deux grands critiques, en précisant par ailleurs que ceux-ci m'avaient fortement encouragé à lire les écrits de leurs pairs : Emile Vuillermoz, Louis Aguettant, (dont j'apprends par la plume de Jacques Lonchampt qu'il est son beau-père !) - je me pose aujourd'hui un certain nombre d'interrogations concernant l'évolution de cette critique en général.
La divulgation de la musique classique, et celle, suivant, de sa critique, ont je crois dans une certaine mesure été conduites à un abaissement du niveau de celle-ci.
Qui plus est, il y a de nos jours une telle dénaturation du sens des mots, que je ne sais plus très bien
qui peut se prétendre réellement critique musical, ou musicologue ; pour celui qui reste attaché au sens du mot, je serais le plus souvent enclin à leur donner le simple titre de chroniqueur, pour éviter le terme aussi savant que généraliste de " musicographe ".
Toujours est-il qu'après m'être reporté dans mon Larousse de la Musique aux définitions de chacun de ces termes, j'ai plus envie de qualifier la plupart de ceux que nous lisons tant dans la presse écrite que sur Internet, de simple " chroniqueurs ".
Je crois qu'il serait utile non pas de donner une définition de chacun de ces termes, mais qu'il serait judicieux de pouvoir leur donner une classification "hiérarchique " en quelque sorte, précisant les doublons de fonctions qu'il peut y avoir d'une activité à l'autre. Car chacun signe son papier, mais… sans donner sa position ; et pour cause : sauf les nouveaux venus, ils sont tous connus !
25 janvier 2009
LA CRITIQUE DES CRITIQUES (1)
Voilà un sujet qui me tenaille depuis longtemps. Mais, par où commencer ?
Je suis un " fan " des critiques de concert ( et d'opéra ) que j'aime bien lire, ne serait-ce que pour me faire une idée à propos des musiciens-interprètes objets de leurs chroniques, autant de ceux que je ne connais pas que de ceux que je connais bien, tant pour les avoir entendus au concert qu'au disque. Mais le sujet reste difficile, délicat.
D'abord parce que j'en connais certains, relativement bien, tout au moins par correspondance, et que mon propos n'est pas, ici, de prendre le risque de vexer quiconque. Ensuite parce qu'à mon avis, (sujet sur lequel il me faudra revenir), il y a critique et critique.
Mais la rigoureuse tenue de ma base de données sur la musique, dans laquelle une large part est consacrée à l'actualité musicale, prend en compte naturellement la plupart des critiques d'un même concert de mon intérêt, et me permet de comparer les diverses critiques de ce concert, puis de m'en faire une idée.
Pour l'instant, je me limiterai volontairement à les ranger tous " dans le même panier " si vous voulez bien me pardonner l'expression.
Ceci me permettra d'aborder le sujet plus globalement :
Je les lis tous, que ce soit sur les revues musicales spécialisées auxquelles je suis abonné, ou sur le Web, bien qu'encore, là, j'ai fini par faire une sélection de mes sites favoris : il y en a tant !
D'une façon générale, et dans un premier temps, je dirai que je suis assez peiné par la brièveté de ce que je lis : j'en voudrais bien davantage !
Certes c'est plus le fait de la presse écrite que des chroniques publiées sur le web : on en connaît hélas ! les raisons autant que les contraintes.
Mais quand même : à l'heure où je lis les trois volumineux ouvrages de de la Grange, consacrés à Mahler, je trouve d'une façon générale, que la critique de concerts d'aujourd'hui s'est tristement appauvrie (amoindrie) par rapport à celles que l'auteur nous rapporte abondamment tout au long de ses tomes.
Si, comme je le disais, la presse écrite a des contraintes matérielles pouvant parfois être insupportables à certains chroniqueurs, je pense que la publication sur le Web ne devrait pas connaître autant ce genre d'inconvénients, du moins de façon assez amoindrie.
Il n'empêche que d'un site à l'autre, la critique d'un même concert varie énormément dans son volume : pouvant aller d'une simple demi-page ( le chroniqueur avait-il donc si peu à dire ? , ou bien n'a-t'il pas osé ? , ou bien encore : y a-t'il été envoyé contre son gré ?, autant de questions sans réponse ), d'une demi page, disais-je à parfois plus de six pages. (je précise que je parle de pages formatées classiquement sous Word).
Par ailleurs, trop souvent, (mais cela fait-il partie de la " neutralité " à laquelle un critique peut être lié ?) je dénote trop rarement les moments, les sensations de plaisir que tel ou tel a pu prendre tout au long du concert. Son écrit reste froid, sans enthousiasme (sauf lorsqu'il s'agit de " démolir " un interprète) de sorte que l'on ne sait même pas, ou difficilement, s'il s'agit d'un concert que l'on a loupé, ou d'un concert ...quelconque. Je ne trouve que rarement des sensations d'enthousiasme, d'émotion couchées dur le papier.
Le lecteur aussi assidu que moi pourra aussi trouver parfois des chroniques plutôt abondantes, bien construites, solides, mais que j'ai envie de qualifier comme des leçons d'interprétation ou des cours de Conservatoire : allusions fréquentes à la partition,( mesures X à Y), tempi observés, renvoi à des éditeurs de partitions que le grand public ignore, sont certes la marque d'un bon professionnalisme, mais… le plus souvent hors de protée d'un public peu spécialisé.
Bref, le problème reste complexe, et leur lecture ne me satisfait que rarement pour autant.
Mon but ici, n'est pas de lancer des débats sans fin, encore moins houleux.
Je crois par ailleurs qu'avec la divulgation opérée par les medias, il y a une dépréciation du sens des mots : qu'est ce, en réalité qu'un véritable " critique musical " ? Faut il le distinguer d'un simple chroniqueur, a fortiori d'un musicologue (tant pour le concert que pour le disque) ? Le sens des mots, leur définition précise s'est perdu, et, je pense que tout cela permet un grand flou, dont j'aimerais pour ma part, sortir !
Alors, si quelqu'un de compétent peut m'apporter quelque lumière, qu'il en soit par avance chaleureusement remercié, quitte à ce que nous reprenions la discussion dans ces pages !



