UNE DEDICACE ? APRES TOUT, POURQUOI PAS...

Il n'est pas dans mes habitudes, dans la modeste histoire de ce blog, de publier une chronique en la dédicaçant.

Mais il y a de telles raisons, que tant de Musique amoureusement partagée avec Marianne, font que je lui ai offert l'un de mes coffrets préférés, trop vite pris par le temps d'une trop brève rencontre, pour pouvoir l'écouter et le partager intégralement. D'où ces quelques précisions, afin que seule "dans sa bulle", elle puisse mieux les goûter.

Rachmaninov

 

D'abord comment  définir le Prélude ?

Préluder, c'est improviser dans l'instant un moment musical avec son instrument, avant d'aborder une page plus écrite et conséquente. A l'époque romantique, le terme "prélude"  sert de prétexte à une libre invention musicale, qui capte l'attention de l'auditeur par sa brièveté, sa fulgurance, mais dont le pouvoir d'évocation demeure néanmoins dans l'indéfini.

Chopin fut un modèle essentiel avec ses vingt quatre préludes, l'archétype de ces pages lyriques et romantiques, et en a fait ensuite de très nombreux émules. Il convient ici toutes fois de rappeler pour le détail de l'histoire, que c'est le pianiste irlandais John Field (1782-1837) qui ouvrit la voix à Chopin, étant l'un des premiers compositeurs à utiliser les formes des préludes et des nocturnes.

Venons en donc à présent à Rachmaninov.

Pour dire d'abord que comme pour Chopin, le piano représente le confident privilégié de son inspiration musicale. Comme chez Chopin, ses préludes ne servent pas à introduire une fugue ou toute autre pièce de résistance.

Mais assez curieusement, ce n'est qu'après avoir composé ses Variations Op. 22 sur le thème du vingtième prélude de Chopin, que Rachmaninov va se lancer dans la composition des dix Préludes Op. 23 (en 1903), qui sont écrits dans une période heureuse de sa vie : il vient de se marier avec Natalia Satine, elle-même excellente pianiste, et il va devenir père. Le recueil est dédié à Alexandre Siloti, pianiste célèbre, ancien élève de Liszt, qui avait été son mentor depuis son adolescence. Ces Préludes sont plus développés que ceux de Chopin et explorent des ambiances plus variées et personnelles que ses Sept morceaux de salon de l'Op. 10.

Et là, Rachmaninov fait une pause. Pour revenir, quelques années plus tard (1910), à la série des 13 Préludes de l'Op. 32, qui sont sans doute moins spontanés que les précédents, mais on peut y voir une expression plus réservée ainsi qu'une écriture qui se passe de plus en plus des effets extérieurs pour atteindre à l'essentiel du propos.

La concision est, pour Rachmaninov une conquête : "Après tout, dire ce qu'on a à dire, et le dire sans détours, lucidement, est encore le plus grand problème que puisse affronter un artiste".

Ces préludes sont composés de tête, pendant l'hiver 1909-1910, lors d'une tournée de concerts aux USA, où Rachmaninov présente au public enthousiaste son 3ème Concerto. De retour en Russie, il s'installe à demeure dans son domaine d'Ivanovka, au sud-est de Moscou, et peut ainsi profiter de sa retraite estivale pour achever ses nouveaux préludes. Cela explique la rapidité avec laquelle il les couche sur le papier : rappelons nous que les n° 5, 11, et 12 ont été écrits en un seul jour…

Le prélude n° 10 en si mineur est celui que le compositeur semble préférer entre tous, évoquant d'après lui "le retour", retour espéré au pays natal… ou bien inspiration picturale. Personnellement, j'apporte une préférence toute particulière au dernier : le n° 13,"Grave", an Ré bémol majeur.

En fait, je n'ai pas parlé de son tout premier Prélude, celui de l'opus 3 n° 2 en ut dièse mineur, célébrissime, il devint immédiatement célèbre au point d'éclipser les œuvres plus conséquentes que Rachmaninov composa par la suite. Il représentait pour le compositeur une carte de visite plutôt encombrante dont il se serait volontiers passé…: car lors de ses récitals, le public le lui réclamait sans cesse, ce dont il s'acquittait d'assez mauvaise grâce, enrageant de n'être, pour le grand public, que le compositeur de cette oeuvrette exagérément emphatique, mais qui fait l'objet de très fréquents bis, et requérant déjà une virtuosité assez spectaculaire, ne serait-ce que par l'important déplacement des deux mains du pianiste sur l'ensemble du clavier, et que comme beaucoup de pianistes amateurs d'un certain niveau, je me suis plu à le jouer…