MELOMANIA

En souvenir de Vlado Perlemuter. Car si j'ai toujours été mélomane, grâce à lui, j'ai appris ce qu'est devenir musicien.

22 février 2009

FIN ET COMMENCEMENT

" Les débuts deviennent fin, et les fins se transforment en commencement " écrivait Benoît Duteurtre dans sa chronique de l'avant dernier numéro du Monde de la musique. L'avant dernier numéro : chronologiquement, mais aussi au sens propre, car le mensuel connaît sa propre fin : à l'heure où j'écris ces lignes, je m'apprête à saisir dans ma base de données les articles du dernier numéro. Il n'y en aura plus. Quelle va donc être la suite ? Le Monde de la Musique perd tout de son titre, et Classica-Répertoire va désormais s'abréger en Classica, tout simplement. Mais il y a tant de questions à se poser dès lors : Le nouveau mensuel sera-t'il d'un niveau égal, voire supérieur à celui des deux anciens mensuels ? Je ne puis que le souhaiter, mais la question mérite d'être posée, quand je constate aujourd'hui à quel point le niveau baisse dès qu'il s'agit de remaniement, de transformation, voire… d'amélioration !!! Inutile de croire a priori qu'il sera la somme des deux précédents : Classica n'abordait point par exemple, le domaine des matériels HI-FI. Sera-t'il maintenu ? A l'heure de la dématérialisation des supports d'écoute de la musique, on peut craindre qu'il soit définitivement abandonné.

Sur un autre plan, Le Monde de la Musique était assez lié à la chaîne Radio Classique. Alors que Classica-Répertoire, qui dépend du groupe L'Express, s'est vu rejoindre par le site Qobuz, émanation conjointe de l'Express et du célèbre distributeur Abeille Musique, lequel avait peu avant mis un terme à ses forums. Qu'au moins cette fusion des deux mensuels permette au nouveau Classica d'avoir une totale indépendance, et de s'affranchir définitivement de nos deux chaînes de radio musicale : ce serait là au moins un bon point de gagné ! Plus généralement, il est permis de se poser la question du devenir de leurs rédacteurs chroniqueurs : Certains, rares, écrivent dans les deux. Mais… seront-ils tous maintenus dans leurs attributions ? Ne risque-t'on pas au contraire d'en voir bon nombre, voire les meilleurs, éliminés ? Ce serait fortement regrettable. Surtout si ce remaniement se base sur les même principes que celui que l'on a vu chez France Musique à la dernière rentrée : un bon nombre de ses meilleurs animateurs a été " remercié" en raison de leur âge, et l'on sait assez ce que cela a donné par la suite…

Le 20ème siècle a persécuté les juifs et les homos, le 21ème siècle sera-t-il être celui d'une solution finale anti vieux !!! J'ose espérer ici que le service privé ne rejoindra pas l'exemple du service public.

Tant d'autres questions se posent encore, dont je ne vais pas faire le détail : je m'ouvre ici directement de mes craintes, quand je vois aujourd'hui comment les media, publics ou privés, ont bien plus cure de l'importance de leur lectorat que de leur véritable qualité.

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20 février 2009

J'ENRAGE !

En lisant ce matin un canard bien de chez nous évoquant ce que nos banquiers font de notre fortune,

ce n'est pas de la publicité télévisée d'une banque française, qui donne à voir son personnel chantant avec sa clientèle sur leurs futures pertes monétaires dont je veux parler, mais d'une toute autre affaire qui est restée beaucoup plus discrète, et que la grande presse nous dévoile.

Le dit canard révèle où a tristement échoué après son départ de Londres pour revenir à Vienne, le piano d'étude d'Alfred Brendel : cliquez donc sur l'image du texte que j'ai scanné (tout en prenant soin de gommer le nom du malfrat et de la banque qui lui a permis cette fantaisie).La___d_nonce__

J'enrage. Non que j'en veuille à Alfred Brendel -comment pourrais-je ?- car je suppose que repartant à Vienne il a sans doute dû, dans les deux sens du mot, confier la revente de certains de ses instruments à quelque marchand de piano londonien  peu scrupuleux, pressé qu'il était par son calendrier de concerts d'adieux.

Oui, j'enrage ! Surtout contre ce marchand, car dès lors qu'un pareil instrument est délaissé par son propriétaire, il devient pratiquement une pièce de musée. Le dit commerçant aurait quand même pu envisager de le céder à une des nombreuses écoles londoniennes de piano. Evidemment il aura préféré faire une bonne affaire ! On ne sait s'il a demandé à l'acheteur de lui faire un chèque de banque, et l'on ne connaît pas davantage le montant de la transaction. Majorée du coût du transport et de l'assurance, on imagine la somme consacrée par notre banquier… Une paille, oui !

Voilà comment la mégalomanie banquière française fait les affaires d'un commerçant londonien peu scrupuleux, et comment nos financiers dilapident leurs bonus.

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16 février 2009

AUDIT D'UN CONCERT :

Un groupe de spécialistes de l'organisation du travail a récemment assisté à un concert symphonique.

Réunis le lendemain au service d'Audit interne, ils rédigèrent aussitôt le rapport suivant :

" Pendant de longues périodes les quatre joueurs de hautbois n'avaient rien à faire. Leur nombre doit être réduit et le travail mieux réparti sur la durée du concert, de manière à éliminer les pointes d'activité.

Les douze premiers violons jouaient à l'unisson, c'est à dire des notes identiques. Le personnel de cette section doit subir des réductions massives ; une grande intensité sonore est requise, on peut l'obtenir à l'aide d'amplificateurs électroniques appropriés. Le coefficient d'utilisation du triangle est relativement faible. On a intérêt à utiliser plus largement cet instrument, et même à en prévoir plusieurs, son prix étant bas, l'investissement correspondant serait très rentable.

Le remplacement du piano à queue par un piano moins encombrant permettrait d'utiliser plus rationnellement l'aire de stockage du magasin de rangement des instruments.

Il est recommandé de normaliser la durée de toutes les notes en la ramenant à la double croche la plus rapprochée : de la sorte, on pourra dans une plus large mesure faire appel à des exécutants de qualification moins élevée, ce qui permettra de payer moins cher le personnel exécutant.

Il est tout à fait inutile de faire répéter aux instruments à vent des passages déjà exécutés par ceux à cordes. On peut estimer que si tous les passages redondants étaient supprimés, la durée du concert pourrait être ramenée à 20 minutes, ce qui réduirait les frais généraux ( économie de chauffage, surveillance, usure des fauteuils, etc. ).

NOTA : toute ressemblance avec les méthodes employées par la D.G. vis à vis de son personnel et des usagers, n'est pas forcément une coïncidence. "

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08 février 2009

LANG LANG : DES PROGRES, ENCORE INSUFFISANTS !

Arte, dimanche soir : festival Mendelssohn. La star ? Quelle question ! Lang-Lang, voyons donc. Je ne sais qui est son impresario, mais il en a trouvé un bon. Qui le propulse partout où il faut être. Un pianiste doué autant d'une excellente virtuosité, que d'un excellent marketing. Sans compter qu'il assure aussi celui des autres : baskets Adidas, stylo (bien accroché à sa poche), et montre (bien visible à son poignet), le tout de marque Montblanc. Il ferait mieux d'arborer une Rolex. Certes, il n'a pas encore 50 ans, mais devrait avoir le souci d'affirmer sa réussite sans les attendre !

Bref, j'ai quand même pris la peine de le regarder.Avez_vous_une_Rolex Il y a des progrès, assurément, mais il en a encore autant, sinon plus à faire : certes il ne se couche plus ni ne se cabre plus sur son piano comme on a pu le voir il y a quelques années  à New-York,. (mais les américains doivent aimer ce côté démonstrateur). Mais encore beaucoup trop de singeries-minauderies, jusqu'à une recherche d'attitude (gestique de sa main par moment libre, gauche ou droite, qui se voudrait " gouldienne ". On peut en rire, si cela n'était ridicule. Quant à l'interprétation du Concerto n° 1 de Mendelssohn, franchement flon-flon, pompier, sans poésie. On est loin de Serkin, loin, très loin.

Le problème ? Sans doute son impresario, qui lui fournit hélas toutes les occasions de se montrer. Il devrait le remplacer par un moine, qui lui montrerait le chemin de la réflexion et de la modestie, et le confesserait de son orgueil, avec une lourde pénitence. Oui, assurément, trop orgueilleux ce chinois, confiais-je à mon épouse. Qui a eu pour simple réponse : " déjà qu'ils le sont tous… " Au travail, Monsieur Lang, au travail ! Contorsionnez vous moins, et essayez donc un peu, quand vous êtes au piano, de vous faire oublier. Ca vous pose un tel problème ?

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07 février 2009

QUESTION DE TENUE

Il y a trois ans, un article sous la signature de Marie-Aude Roux, chronitrice musicale du Monde, m'avait interpellé.

Titre : " Les musiciens de l'Orchestre de Paris abandonnent le frac ". Je le reproduis intégralement ci-dessous :

" En tombant le frac, les musiciens de l'Orchestre de Paris vont probablement provoquer une petite révolution dans le monde très conservateur de la musique classique. La chose n'a d'ailleurs pas été facile à négocier au sein même de l'orchestre. "Beaucoup ne comprenaient pas la nécessité de cette mutation, constate Stéphane Rolland, le jeune directeur artistique de la maison de haute couture Jean-Louis Scherrer, chargé de relooker l'orchestre. Mais le monde bouge, et il n'y a guère qu'en Angleterre où porter un frac a encore un sens. La dernière fois que j'en ai mis un à Paris, on m'a pris pour un garçon de café !"

Mettre la musique en phase avec son public est précisément ce qui a porté le frac dans l'orchestre au XIXe siècle : dans la fosse et dans la salle, on est en miroir. Réversibilité des temps : le frac, emblème d'une classe sociale dominante, est à l'origine le signe d'une volonté démocratique et égalitaire, dont l'origine remonte au milieu du XVIIIe siècle anglais. Antithèse du grand habit de cour à la française, ce costume sombre ouvert sur le devant et terminé dans le dos par deux longues basques, dont la largeur, ou l'étroitesse, indique la queue de morue ou la queue de pie, marque l'avènement d'une bourgeoisie qui écoute désormais la musique dans les salles de concert. En France, tandis que l'on guillotine les perruques, le frac est un enjeu des Etats généraux de 1789. Philippe Egalité l'endossera en gris.

CONSENSUEL SANS NEUTRALITÉ :

Reste que, sur le plan pratique, le frac avait des avantages, notamment en ce qui concerne l'aisance des mouvements. "Mon premier impératif, explique Stéphane Rolland, a été de repérer tous les paramètres physiologiques exigés par le jeu d'un instrument. Le second, de dessiner un uniforme consensuel sans tomber dans la neutralité. Le troisième, d'expliquer tout cela aux musiciens. J'avais gardé de ma précédente expérience avec la RATP et la SNCF le souvenir d'une menace de grève ferroviaire à cause d'un bouton doré !"

L'adieu au frac sera sans doute vécu comme le déni - voire une castration - d'un rituel social que la musique classique avait préservé, et que seuls les musiciens de la musique contemporaine et les "baroqueux" avaient osé braver. Mais il devrait aussi, si l'on en croit l'acousticien Tateo Nakajima, l'un des rénovateurs de la Salle Pleyel, pour qui oeil et oreille sont indissociables, inaugurer une nouvelle ère de la musique symphonique (Le Monde du 12 septembre).

"Je pense que l'habit est un début de scénographie et que les musiciens sont aussi des acteurs, affirme Stéphane Rolland, créateur en 2005 des costumes de l'Amadeus de Peter Shaffer au Théâtre de Paris. Comme la musique, le vêtement doit donner une émotion." Les musiciens portent donc une redingote noire doublée de rouge aux lignes très graphiques, un pantalon droit et une simple chemise de popeline blanche ceinturés de satin noir, ainsi qu'une fine cravate cavalière noire. De quoi donner envie au public de défroquer le jean. "

Marie-Aude Roux

Article paru dans l'édition du 15.09.06

Mais quoi, comment ?

Oui, je suis choqué ! Car abandonner sinon le frac, du moins un habit de cérémonie en public, pour un musicien, correspond, pour moi, à un manque de respect à l'égard du compositeur qu'il interprète.

Et c'est aussi un manque de respect pour l'auditeur venu l'écouter.

Certes, le public des salles de concert, aujourd'hui, n'a plus l'habitude de s'habiller pour aller au concert.

Mais il y a là un effet réciproque : musiciens versus public et public versus musiciens, tout à fait déplorable dans la mesure où non seulement plus aucune tradition n'est respectée, mais où il n'y a plus aucun respect des uns vis à vis des autres. Encore moins vis à vis du compositeur.

Pour moi, le concert, (a fortiori le Festival) est une fête, un hommage. L'usage n'est-il pas, encore de nos jours de s'habiller pour un fête ? : il ne s'agit pas de s'y rendre en smoking ou en queue de pie certes, mais de là à s'y rendre dans une tenue tout à fait négligée… cela me paraît autant un manque de respect vis à vis des interprètes qui eux, ont fait l'effort de s'habiller, qu'un manque de gratitude vis à vis du compositeur qu'il est venu écouter.

Dans de telles conditions, auxquelles on s'habitue depuis déjà pas mal d'années, majorées si je puis dire par la pratique des festivals d'été, comment peut-on imaginer que les musiciens d'orchestre finissent par réagir autrement ? (soit dit en passant, s'agissant des festivals en été, la question ici,  ne se pose pas, ou plus : la chaleur ambiante permettant autant aux musiciens qu'au public de moins s'habiller, cela va de soi)

Qui sait, donc, si l'attitude du public qui, c'est sûr, s'habille de moins en moins pour aller au concert, n'aura pas eu, finalement une influence sur les membre de l'Orchestre de Paris ?

Pour autant, je constatais encore tout récemment (ce dimanche 1er février) en regardant sur Arte la Folle Journée, qu'un pianiste comme Andrei Korobeinkov se présentait au public en queue de pie.

N'y a t'il pas là tout de même un peu plus de tenue autant que de respect, tant vis à vis du public venu l'écouter que du compositeur dont il sert l'œuvre ?

Non ! La révolution des musiciens de l'O.P. n'est sans doute pas bienvenue, et ne servira guère à mettre en phase le public avec la musique.

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02 février 2009

CRITIQUES ET CHRONIQUES : LES MEILLEURES SONT LES PLUS RARES !

Ce titre là a bien un double sens.

Le premier : il me paraît évident qu'entre toutes les chroniques de concert qui sont ici ou là publiées, celles qui consacrent véritablement un artiste, une formation et/ou son chef, sont rarissimes.

Mais ce n'est pas aujourd'hui le but de cette chronique.

Le second, donc : Les meilleurs critiques que j'ai notées dans ma base de données sont effectivement les plus rares : c'est un simple constat arithmétique. Je viens en effet de les recenser, parmi les sites que je fréquente fidèlement depuis maintenant sept années.

A l'heure où je rédige, j'en compte très exactement 6437 provenant de 136 sources d'informations, toutes recensées dans ma base.

Je n'en ferai pas le détail, dont la lecture serait  trop fastidieuse. Encore dois-je préciser que l'abondance de ces sources est éminemment variable, sans compter les "Divers" qui proviennent d'origines pas nécessairement consacrées à la musique, mais qui peuvent parfois en parler de façon intéressante.

Commençons donc le constat par le bas de l'échelle, cela nous permettra de remonter à la surface en même temps que de niveau !

Degré zéro : celles qui sont vides de sens, et j'ai du mal à concevoir qu'elles aient été publiées. J'en vois mal l'utilité. Alors me dira-t'on pourquoi les avoir saisies ? Simplement parce qu'il peut arriver qu'il n'y en ait qu'une sur le concert donné, et que je préfère en avoir une trace que l'ignorer.

Au degré supérieur, (il y en a beaucoup, la majorité), que je trouve vraiment trop brèves. J'écarterai définitivement le problème de la presse écrite : récemment le critique musical d'un titre national me confiait qu'on lui donnait 4000 signes pour un article (d'un sujet qui pourrait être digne d'un forum à lui tout seul) à rédiger ! Quant on connaît les règles de la typographie, cela ne permet pas vraiment une critique en bonne et due forme. Comme il me le confiait, cela relève de l'acrobatie. Par contre, sur le Net, ce n'est pas la place qui manque, et il est assez navrant d'y voir des chroniques d'une demi page ! Comment peuvent elles réellement donner une image du concert ? Autant valait ne pas en parler !

Sans parler des chroniques publiées par la presse musicale (mensuelle) spécialisée : Là, il s'agit soit de remplissage de papier, soit d'une volonté d'affirmer au lectorat que leurs chroniqueurs ont bien assisté aux concerts les plus significatifs du mois (photo rarement significative à l'appui !), mais dans la plupart des cas, là encore, péniblement trois-quarts de page. Insuffisant , peu convaincant.

Progressons ! Seuls quelques sites restent sérieux. : qui savent d'abord présenter l'affiche du concert ; lieu, date, programme, interprètes. Ceux-là généralement donnent davantage matière à lire. Mais là, problème : l'apparition d'Internet a suscité la création d'une multitude de sites, qui ne peuvent pas toujours appel à des critiques patentés, mais, souvent, à des bénévoles, des amateurs avertis certes, auxquels je ferai le reproche d'être subitement atteints d'une véritable logorrhée chronique qui les conduit hélas à des textes souvent insipides, tout simplement parce qu'ils écrivent sur Internet ! Là, on n'est pas très éloigné du vertige que donne à beaucoup, le fait de participer à un Forum…

Sans parler des sites (ils sont nombreux) sur lesquels la date de la chronique est tout simplement celle du concert ! A se demander si le chroniqueur a rédigé son texte avant, pendant, ou après le concert avant de tomber dans les bras de Morphée… Cruel manque de souci du détail à l'égard du lecteur !

Terminons !Restent enfin, à un degré supérieur quelques sites ayant des chroniqueurs de talent, qui en deux ou trois pages sont à même de donner au lecteur une appréciable estime du concert.

Mon propos n'est pas d'en faire ici la publicité, chacun saura les trouver facilement sur le web. Pour autant, ils ne sont pas nécessairement à l'abri de mes reproches : certaines chroniques sont très certainement intéressantes et sans doute justifiées, mais il faudrait que leur lecteur sache lire autant la musique que ces textes, et , surtout, qu'il en possède les partitions ! Nulle question de mettre en doute ici leur bien-fondé, mais il faudrait pouvoir doubler la chronique d'un enregistrement " pour preuve " !

Certes c'est argumenté, mais, chez certains critiques, le commentaire en reste trop au stade la pure technique, et le lecteur reste à jeun de toute sensation de plaisir/déplaisir qu'il aurait pu y prendre.

Finalement ?

Je regrette l'époque de certains grands chroniqueurs dont j'ai déjà parlé ici même, mais qui avaient l'art de communiquer au lecteur leur ressenti, en des termes simples, touchant parfois à la " poésie de l'émotion ". Il est loin, ce temps là, et malgré toute la formation musicologique que certains ont sans doute dû recevoir, je reste encore loin du compte.

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01 février 2009

Cher Monsieur Machart

" Depuis quelques années, les enregistrements de la musique de Bach au piano pleuvent." écrivez vous dans votre dernière chronique du Monde, que je lis toujours attentivement.

Certes la musique de Bach était écrite pour le clavecin, faute de piano, à son époque. Mais le piano eut-il existé, il faudrait aussi se demander si Bach, si moderne et novateur dans l'esprit à son époque, ne l'aurait pas écrite pour cet instrument !

Vous affirmez, et c'est vrai, que " Dans les années 1970, il était rare de voir un jeune pianiste oser jouer en public ou enregistrer Bach ", mais déjà à cette époque, un Dinu Lipatti n'hésitait pas à le jouer en concert ! Et, dans les années qui ont suivi, au disque, n'a-t'on pas eu d'autres nombreuses versions au piano de sa musique, par des Jean-Bernard Pommier (Toccatas, Inventions), Alexis Weissenberg (Partitas) et tant d'autres dont la liste ici serait trop longue ?

Personnellement, la question que je me pose, et vous pose, n'ayant pas la réponse, est de savoir si la découverte de l'œuvre de Bach n'est pas, pour la masse du public découvreur mais pas nécessairement connaisseur, plus facile avec le piano qu'avec le clavecin ?

Et n'est-ce pas le clavecin qui, indirectement, en faisait une affaire de spécialistes comme vous l'écrivez ? Sans doute l'austérité de la musique de Bach – si tant est qu'elle soit austère ! – est elle plus prononcée au clavecin qu'au piano, instrument tellement plus contemporain, auquel toutes les oreilles sont tellement plus familiarisées

Pour ma part, en tant que pianiste amateur depuis mon enfance, je vous avouerai que j'ai eu beaucoup plus de facilité à découvrir sa musique jouée au piano, qu'au clavecin, ce dernier - mais c'est là une position toute personnelle - me fatiguant pour ne pas dire me " crispant " auditivement quand j'en écoute plus d'un quart d'heure !

Vous citez les dernières versions parues au disque (Grimaud, je pense, simple oubli !) mais rappelez utilement le mélomane aux enregistrements de Gulda, merci ! J'ai toujours adoré l'excentricité d'un Gould, qui m'a largement permis d'aimer cette musique puis d'en venir à Gulda : sans condition ! Ce sont pour moi les deux interprètes de Bach au Piano avec un p majuscule.

J'ajoute pour finir, que Rémy Martin, dans sa Folle Journée que j'écoute avec plaisir, n'a pas hésité à recourir au Piano : il doit bien y avoir une raison à celà !

Cordialement,

Christian VIGUIE

Posté par Sachs à 16:30:38 - LA CRITIQUE MUSICALE - Commentaires [0] - Permalien [#]
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