17 juillet 2008
DE L'OPERA AU THEATRE, LA MISE EN SCENE VACILLE
Décidément, nous vivons une '' drôle '' d'époque !
J'évoquais récemment la question des mises en scène à l 'opéra, de plus en plus critiquées, mais voici que le phénomène gagne maintenant le théâtre. Non que j'en sois moins amateur, e tous cas moins connaisseur, je trouve que cela devient inquiétant, et commence à me poser la question: '' Mais où va t'on ? ''
Dans son édition du 14uillet dernier, Le Monde titre : '' Avignon : Shakespeare transformé en scénariste de feuilleton télé ''.
La critique y fait allusion à la représentation de trois pièces de Shakespeare, (Coriolan, Jules César et Antoine et Cléopâtre) " qui a divisé le public en deux blocs, l'un qui a déserté, l'autre qui a ovationné ".
Mise en scène d'un certain Ivo van Hove avec sa troupe du Toneelgroep d'Amsterdam…
Je cite ici la critique :
'' Un grand écran installé en hauteur barre le devant du plateau. Les personnages de Shakespeare sont des politiciens d'aujourd'hui, hommes et femmes dans leurs uniformes en vigueur. Sur les côtés sont aménagés des bars, des points Internet et même un coin lecture. L'action, éclatée, est régulièrement interrompue par des pauses où le public est invité à venir manger, boire ou consulter ses mails. Les spectateurs qui le désirent peuvent s'installer dans les canapés et suivre le reste du spectacle à la télévision. On l'aura (vite) compris : nos démocraties sont devenues de vastes supermarchés, et nous, citoyens, des consommateurs. Le spectacle, qui joue à fond l'esthétique de feuilleton télévisé, se mord la queue.''
A la lecture de cette critique, je deviens réellement sceptique sur la nature des spectacles qu'on nous offre aujourd'hui, et me demande réellement s'il faut continuer à fréquenter ce genre de manifestations soi-disant '' culturelles ''… (D'ailleurs, cet été, je ne suis allé et n'irai nulle part, craignant trop la déception, par rapport aux superbes moments que j'avais vécus dans le passé, d'autant que la multiplication des festivals un peu partout, a souvent généré un appauvrissement relatif des programmes, tel que le mot Festival a perdu beaucoup de son sens premier de Fête ). Dans ce domaine encore, le niveau baisse, à l'exception de quelques grandes manifestations, dont les tarifs, eux, sont à la hausse ; loi normale du marché, qui reste hélas soumis aux même lois économiques : la rareté se paye !
Je reviens donc au thème de ce forum, et vous livre ci-joint une réflexion du grand pianiste Aldo Ciccolini, que j'ai toujours admiré et, de plus en plus tenu pour un '' sage '', dernièrement parue dans la revue Classica. CLASSICA__Aldo_CICCOLINI
Je vous laisse à la lecture de ce qu'il dit, et à votre réflexion sur ce sujet, à laquelle personnellement, je suis près d'adhérer. Hélas !
15 juillet 2008
VIRTUOSITE MEDIATIQUE AUTANT QUE PIANISTIQUE
A la lecture de cette chronique d'un grand quotidien national, que je n'hésite pas à reproduire ci- après, je me pose la question : Liszt en aurait-il fait autant s'il avait vécu aujourd'hui ?
A 26 ans, Lang Lang ambitionne de devenir « l'un des plus grands musiciens du monde » .
Pour attirer les jeunes, le pianiste chinois adopte la stratégie des stars du rock. Film à Hollywood, site Internet, commentateur sportif aux JO et contrats de sponsoring...
Quand Lang Lang, la nouvelle star mondiale de la musique classique, débarque de New York avec ses Adidas aux pieds, son stylo Montblanc accroché bien en évidence sur sa veste et sa montre Montblanc au poignet, on ne peut pas s'empêcher de sourire. « Vous êtes toujours habillé de pied en cape par vos sponsors ? » s'étonne-t-on en enregistrant au passage sa coiffure en pétard digne du chanteur rock de Tokio Hotel.
On a beau avoir été prévenue, ce n'est pas l'image qu'on attend d'un pianiste virtuose. « Regardez, j'ai aussi un téléphone Sony Ericsson et Audi me fournit une voiture pour mes déplacements » , ajoute-t-il.
D'emblée, on comprend pourquoi cet artiste aux grands yeux noirs énerve les puristes. Il a 26 ans. Il est chinois. Dans l'univers feutré de la musique classique, aucun artiste de sa renommée n'a autant misé sur le marketing. À New York, le visage de Natalie Dessay est sur certains gratte-ciel mais cela s'arrête là. Même le violoniste britannique Nigel Kennedy, star de la fin des années 1980, n'a jamais osé aller aussi loin que Lang Lang. Entré dans le livre Guiness des records en vendant des millions de disques, ce trublion s'était rendu célèbre en jouant Les Quatre Saisons de Vivaldi en arpentant la scène au lieu de rester immobile. Et comme Lang Lang vingt ans plus tard, il arborait une coupe de cheveux un rien déjantée. « Je ne suis pas un homme d'affaires », se défend Lang Lang qui vient de créer son site Internet où l'on peut gagner des cadeaux et recevoir des informations « confidentielles ». « Bien sûr, je veux gagner de l'argent et les sponsors me rapportent plus que mes concerts et mes CD. Je ne vois pas pourquoi les “cool guys” comme les rock stars, les acteurs et les sportifs se réserveraient les contrats publicitaires. Les musiciens classiques travaillent aussi très dur. Mais l'argent et le “fun” sont secondaires. Mon principal souci est d'attirer les jeunes vers la musique classique. Aujourd'hui, le public a 60-70 ans. Les nouvelles générations fuient les conservatoires. Si cela continue, à 40 ans, je jouerai devant un parterre vide, s'enflamme-t-il. Mon ambition est d'être l'un des plus grands musiciens du monde et d'offrir ma musique au plus grand nombre. »
Loyal envers son pays
Du coup, son planning estival se partage entre concerts et rendez-vous marketing. Ces jours-ci, Lang Lang est en promotion pour la sortie mondiale de son autobiographie Le Piano absolu et d'un DVD documentaire sur sa vie actuelle. Alléché par ce récit d'enfant star, Hollywood veut en faire un film. « Le problème est de savoir qui jouera mon rôle, s'amuse l'intéressé. Il faut trouver un acteur plus sérieux que les stars du kung-fu. Jackie Chan pourrait à la rigueur jouer le rôle de mon père. »
En août, Lang Lang, toujours très loyal envers son pays natal, rendra un grand service au régime de Pékin. Aux Jeux olympiques, il sera la star de la cérémonie d'ouverture, le 8 août, puis le commentateur sportif de trois télévisions occidentales jusqu'à la fin des compétitions le 24. Depuis, le monde de la musique classique jase et rêve de savoir si Lang Lang fera son entrée sur le stade avec ses Adidas noires à étoiles dorées. Ce qui ferait évidemment son petit effet. Mais impossible d'en savoir plus. Depuis qu'il a abordé le thème des JO avec la presse américaine, Lang Lang a dû se faire taper sur les doigts car il évite soigneusement le sujet tout comme les questions sur le Tibet et les droits de l'homme. « Le Comité olympique m'a interdit de répondre pour que cela reste une surprise mais regardez à la télé, ce sera “fun” », promet-il. Après les JO, ce globe-trotteur songe à rendre son passeport chinois, trop compliqué pour les visas, pour prendre la nationalité américaine. « J'ai vécu la moitié de ma vie aux États-Unis. Et c'est à New York que je compte fonder une famille. »
Si vous voulez mieux savoir comment l'Asie -ça frise le marketink politique- encourage aujourd'hui ses pianistes à se prêter avec bonheur aux bienfaits de la médiatisation, achetez donc le livre co-écrit pat Lang Lang et David Ritz ( éditions J C Lattès ) : " Le piano absolu, l'éducation d'un prodige ".
Dernières nouvelles, car l'actualité donnée par la presse, confirme mon opinion, puisque dans le dernier numéro du Nouvel Obserevateur, Jacques Drillon nous confirme que le voilà désormais inscrit à L'Institut National de la Proprièté Industrielle ! Lisez plutôt ! Lang_Lang_en_baisse Et quand je parle de marketing, est-ce que je me trompe ? C'est bien destiné à protéger son marketing, l'I.N.P.I. que je sâche ! Mais surtout, quand ce pitre là a-t'il donc été " en hausse " ???
12 juillet 2008
AIX : GRANDEUR OU DECADENCE ?
La belle histoire que celle du Festival d'Aix-en Provence qui célèbre cette année son soixantième anniversaire ! La presse, générale et plus encore musicale abonde d'articles pour l'occasion :
Interviews, critiques des opéras donnés cet été, inégales comme toujours ;
Mais l'interview d'Edmonde-Charles Roux, sa Présidente d'honneur, publiée par Le Monde, a l'avantage de nous en rappeler l'histoire, souvent oubliée, quand ce n'est pas tout simplement ignorée : intéressant de savoir comment son fondateur Gabriel Dussurguet, en confia la première direction au chef allemand Hans Rosbaud : c'était donc en 1948, à une époque ou le réflexe " anti-boche " restait encore bien vif.
Mais ce fut l'enthousiasme de Malraux pour ce Don Giovanni qui déclencha la venue du public mondain, puis l'époque " des smokings blancs et des dîners mondains à la fraîche... "
Certes Gabriel Dussurguet n'est plus, qui savait accorder les plus diverse tendances artistiques, et faire côtoyer le Marteau sans Maître ou la Turangalila Symphonie avec les chefs d'œuvre mozartiens, car il était ouvert et curieux de tout, et savait reconnaître le talent des autres : compositeurs autant qu'interprètes , et avait su faire de "son" Festival un modèle d'ouverture artistique.
Qu'est devenue aujourd'hui cette grande manifestation, courue de toute la France? Il faut bien se poser la question, car je vois autour de moi tant de fans d'opéra qui se révoltent, certes pour des motifs divers, vis à vis de cette édition, autant que des plus récentes.
Plusieurs directeurs ont succédé à Dussurguet, depuis : Louis Erlo et Jean-Louis Pujol, puis Stéphane Lissner, et Bernard Focroulle qui lui succède depuis sa nomination à la Scala.
Force est de reconnaître qu'ils ont parfaitement poursuivi l'effort de Dussurguet : n'est-ce pas Lissner qui a ramené Chéreau à la scène lyrique (Cosi) puis Focroulle (La Maison des Morts) ?
N'est-ce pas toujours Lissner qui a sorti Aix de son ancrage mozartien, en y programmant Wagner ? Et c'est Focroulle qui continue : " Un irrésistible Siegfried au Festival d'Aix " (Le Figaro) : Je dis : " Très bien, et tant mieux ! " : on ne saurait contester qu'ils n'ont pas fait beaucoup pour le public local comme pour les jeunes.
Maintenant sur la critique des opéras de cette saison : très diversifiée, selon les critiques, mais généralement pas très bonne : Cosi ? : "se noie dans les calanques de Cassis " (Le Monde), " un Cosi sans voix à Aix "(Le Figaro). Peu applaudi. Pour sûr ! nous n'en sommes plus aux années de gloire des Stich-Randall et autres divas qui ont fait d'Aix le Salzbourg français. Que certains - dont moi - les regrettent, pourquoi pas ? Mais la vie va, et nous avons aujourd'hui de brillantes interprètes mozartiennes, bien capables de leur succéder et de nous ôter nos regrets. Si j'avais vu, (en 1981 ?) au Théâtre de l'Archevêché, un remarquable Cosi dirigé par Mackerras, et situé (déjà) au bord de la mer, j'ai aussi vu à Toulouse, il y a trois ans, un Cosi très bien chanté.
Non ! ce qui cloche, encore une fois, c'est bien plutôt les mises en scène : Mais donc quel besoin, en l'occurrence, d'aller coller en fond de scène un écran sur lequel sont projetées simultanément des images montrant une terrasse de café puis les calanques de Cassis, enfin des images de l'orchestre lui-même ? Selon la critique " le procédé distille l'ennui plus que l'intérêt " (Le Figaro). Mais l'ennui de qui ? du spectateur ? Sans doute ! Mais sans doute aussi, celui du metteur en scène, qui visiblement est complètement passé à côté de la plaque en recourrant à de tels subterfuges…
Faible succès encore du "Zaïde", opéra interrompu par Mozart, non du fait de la fermeture des théâtres autrichiens à cause de la mort de l'impératrice Marie-Thérèse, mais parce que le livret était tout simplement inepte et que Mozart a fini par baisser les bras ! Mais voilà donc, pour faire du nouveau, c'est Peter Sellars qui est choisi pour la mise en scène : voulant en faire, culture bien américaine, un "brûlot contre l'esclavage ", sa réalisation est encore plus inepte que le livret ! Incontestablement, Sellars a confondu Zaïde et Fidelio.
Alors, Aix-en Provence ? Décadence, grandeur ? Un lieu bien vivant en tous cas, encore plein d'aventures, pas toujours couronnées de succès. Certes encore fréquenté pas certain public de notre haute société, qui vient là connaisseur ou non,pour se détendre : " l'estbablishment apprécie l'opéra : passion pour certains, marqueur social pour d'autres " comme l'a écrit si justement Anna Rousseau dans un récent article de Challenge.
Mais je plains ceux qui n'y connaissent rien, ne venant là que pour se faire voir. car regarder un opéra dont on ne comprend ni les dialogues, ni l'action, c'est comme cultiver sa virginité dans une maison de passe : c'est décourageant... "
06 juillet 2008
Ca me rappelle quelque chose... !!!
Grosse rigolade ce matin, en lisant dans le dernier N° du NouvelObs, la reprise d'une nouvelle série de Bretecher : certains comprendront :
" Big déception... à Vienne "...
" Quand je pense que c'est à cause de cette vendeuse qu'elle a pas voulu m'épouser... "
Ceux qui sont au courant se reconnaîtront !



